Interview - Pauline Bailly : entre surréalisme contemporain, peinture introspective et regard critique sur l’art
- 11 mai
- 5 min de lecture
A la rencontre de la femme-nuage...
À l’occasion de son exposition chez LooLooLook Gallery, l’artiste française Pauline Bailly revient sur la naissance de sa mystérieuse « femme-nuage », son rapport au surréalisme contemporain, son travail de peinture à l’huile et l’influence de son activité de journaliste et critique d’art sur sa pratique artistique.
À travers cette interview, Pauline Bailly dévoile une œuvre sensible et narrative, où les corps fragmentés, les visages inachevés et les matières vaporeuses deviennent les supports d’une introspection universelle.
LooLooLook Gallery : Avant d’exposer, j’imagine que vous aviez toujours dessiné ou crée. À quel moment avez-vous ressenti le besoin de partager votre travail plus largement, notamment sous forme de tableaux ? Est-ce qu’il y a eu un déclic particulier qui vous a fait passer d’une pratique plus intime à une démarche publique ?
Pauline : C’est venu progressivement, je ne m’étais jamais dit que je pouvais en faire un métier… c’est surtout en étudiant la vie de la peintre Suzanne Valadon que j’ai réalisé qu’après tout, c’était possible !
Quant à mon personnage de femme-nuage, il est apparu au fil des croquis. Je faisais d’autres dessins surréalistes à l’époque, mais petit à petit j’ai eu envie de développer ce personnage que j’ai trouvé intriguant et très narratif !
Toujours en écrivant mon projet de film sur Suzanne Valadon, j’ai voulu me rapprocher davantage de sa pratique et j’ai sérieusement étudié la peinture à l’huile. En transposant la peinture à l’huile sur mon personnage de femme-nuage, j’y ai trouvé un intérêt plastique et sensuel qui correspondait bien à mon style assez fin, cotonneux, fluide, notamment en travaillant les glacis.
LooLooLook Gallery : Le fait d’être à la fois critique d’art et journaliste implique certainement une regard exigeant sur les oeuvres, y compris les vôtres. Est-ce que cette double fonction vous rend beaucoup plus stricte avec votre travail? Est-ce que cela peut affecter même votre processus créatif ?
Pauline : C’est en effet une remarque très pertinente. Je n’ai pas fait d’école d’art, je suis autodidacte en peinture en en quelque sorte, le journalisme est mon école ! C’est peut-être même plus efficace que les beaux arts ! Je côtoie des peintres très installés, je vois les expositions qu’il faut voir, je rencontre tous les acteurs du marché de l’art et c’est très enrichissant, de pouvoir parler avec un commissaire d’exposition, directeur de musée ou des galeristes importants. C’est une grande chance et en même temps, quand je retourne à l’atelier et que j’observe mon travail… j’ai forcément ce regard critique au vu de tout ce que j’ai vu ! Des artistes talentueux … mais ce regard exigeant sur mon travail me fait énormément progresser et ce n’est que le début, je crois que je vais me surprendre et j’ai hâte de voir mon travail mûrir davantage.
LooLooLook Gallery : Vous contribuez à Snobinart, basé dans le sud de la France. Est-ce qu’il y avait pour vousune volonté de participer à une diffusion de l’art au-delà de Paris, souvent perçu comme le centre artistique dominant avec ses galeries, musées et institutions ?
Pauline : Je ne viens pas de Paris, et le magazine a cette ambition de couvrir toute la France et de dénicher des expositions qui sont parfois boudées du snobisme du milieu de l’art !
LooLooLook Gallery : Le fait que vous reveniez constamment à cette forme du nuage, qui déborde parfois vers quelque chose de capillaire et presque organique, donne l’impression d’une matière à la fois insaisissable et liée au corps. Pourquoi ce choix ?
Pauline : Insaisissable et liée au corps, c’est tout à fait ça, car ce nuage est comme une projection d’un bouillonnement cérébral, c’est l'extériorisation des pensées, qu’elles soient poétiques, contemplatives, mélancolique. Ce qui me fascine, c’est que même si ce nuage est imposant et visible, il offre toute la place à l’interprétation et au mystère.

Sur les rochers, Philocalie n°1 - Huile sur toile, 50x60 cm
LooLooLook Gallery : Vos figures ne sont jamais totalement individualisées, ce qui les rend à la fois proches et anonymes. Est-ce une façon de déplacer votre travail d’introspection vers quelque chose de plus universel, ou de laisser volontairement un espace de projection au spectateur ?
Pauline : Elles sont à la fois une partie de moi, pas tout à fait des autoportraits, mais je glisse toujours des ressentis intimes dans mes tableaux et je viens composer ensuite la toile comme un assemblage, un montage, une narration qui viendra dépasser ma propre histoire… et c’est au moment où mon histoire m’échappe et devient autre chose, que l’œuvre prend une dimension plus universelle.
LooLooLook Gallery : Est-ce qu’il y a un choix conscient lorsque vous dessinez certaines parties du visage comme les yeux ou la bouche, ou encore les mains? Si oui, quelle en est l’explication ?
Pauline : Cette partie relève plus du hasard. Je commence souvent par un croquis et parfois, je trouve qu’un visage sans yeux ni bouche dit plus de choses, ou en tout cas, raconte autre chose, et j’aime naviguer dans cette intriguant étrangeté. Je viens morceler de plus en plus les éléments du corps et je crois que je vais continuer d’ explorer ce chemin.
LooLooLook Gallery : Puisque vous travaillez ce motif sur la durée, est-ce que vous avez le sentiment qu’il se transforme avec votre propre évolution, ou plutôt qu’il reste une sorte de noyau fixe autour duquel tout s’organise ?
Pauline : La femme-nuage est comme mon centre de gravité, mais elle me permet d’explorer une infinité de voie. Quelque part, ce personnage qui m’obsède m’empêche d’avoir la peur de la page blanche. Je sais toujours quoi peindre, c’est un problème que j’ai en moins en tant qu’artiste. Cela me permet d’aller plus en profondeur avec mon sujet, de creuser, d’explorer des terrains inattendus. Et je suis quelqu’un qui n’aime pas l’ennui. Donc je ne veux pas que l’on ressente ça dans les peintures, je vais toujours aller chercher l’étonnement, la nouveauté, le dynamisme, créer la surprise pour m’enrichir en tant qu’artiste, mais aussi enrichir le spectateur.
LooLooLook Gallery : Est ce qu’il y un artiste qui vous inspire?
Pauline : Je reviens toujours au même sujet, mais je ne peux pas m’empêcher de citer Suzanne Valadon(1865-1938), en explorant sa vie et son œuvre, elle m’a montré la voie à suivre et c’est grâce à ce modèle d’un autre temps que je me suis lancée dans la peinture.
Je reste également très friande d’art moderne et du courant surréaliste, et j’ai quelques artistes contemporains que j’apprécie comme Hans Op de Beeck, France Bizot ou encore Annabel Faustin.
LooLooLook Gallery : Quelle est votre vision sur l’art contemporain asiatique?
Pauline : L’Asie est un très vaste territoire ! J’ai une vision très occidentale avec une connaissance des artistes majeurs comme Yayoi Kusama, Cao Fei, dont je vois bientôt une exposition de son travail en Suisse, ou plus récemment avec le travail du prix Marcel Duchamp Xei Lei ou encore les installations textiles de Chiaru Shiota. C’est peut être une fausse idée, mais j’ai l’impression qu’en Asie, la couleur fait beaucoup moins peur qu’en France, où le travail de nombreux artistes tentent vers l’épure et une palette chromatique réduite. Mais cela reste une analyse assez brève, qu’il faudrait documenter davantage !
L’univers poétique de Pauline Bailly
Plongez dans l’univers onirique et troublant de la série Embrumer le réel : une exploration sensible entre surréalisme contemporain, mémoire intime et paysages mentaux. Œuvres inédites, textures vaporeuses et figures suspendues vous attendent à la galerie.
Un grand merci à Maralmaa Natsag pour avoir imaginé et orchestré cette rencontre sensible autour du travail de Pauline Bailly.
Nous remercions également chaleureusement Pauline Bailly pour la générosité de ses mots et le partage sincère de son univers artistique, à la fois poétique, introspectif et profondément singulier.






Commentaires